Quatrième de couverture Emois
Mots évanescents, phrases aériennes et légèreté des silences font des écrits de Jean-François Cocteau une ½uvre particulièrement sensible. Sa poésie laisse transparaître une observation picturale des sensations volatiles du quotidien, des états de l'âme et multiples visages de l'émotion. De l'harmonie musicale de ses mots naissent des silences que le poète dispose subtilement au fil de son écriture, comme un peintre se sert de certains pigments pour éclairer sa toile. Un silence composite qui souligne l'ardeur des émotions, épouse la plus ténue des contemplations, sublime les joies éphémères et les blessures immuables. Les silences de Jean-François Cocteau ont, néanmoins, une dimension commune. Ils permettent à sa versification d'acquérir une résonance sacrée et à chacun de ses mots de s'ouvrir aux plus infimes parcelles de sens et de sonorité.
Identifié dans le paysage littéraire comme poète quaker, Jean-François Cocteau se distingue par la présence quasi constante de ses convictions dans ses écrits. Une croyance d'une intensité sincère qui affleure dès son premier recueil, Présence verticale, et que le poète révèle plus substantiellement dans son ouvrage Entre silence et lumière en considérant avec une sobriété surprenante le thème de la quête de lumière intérieure. Emois ouvre encore une nouvelle voie où le regard du poète se déplace de l'introspection mystique vers la saisie des contours émotionnels de l'être. Cependant, si la foi s'éclipse au profit de l'écriture des sentiments, elle ne s'estompe pas intégralement. La spiritualité, chère au poète, se dessine en filigrane derrière chaque phrase énoncée et donne, ainsi, naissance à une ½uvre troublante où la ferveur religieuse se fond au prosaïque des émois de l'âme, même lorsqu'il touche au plus charnel de nos désirs. Une odeur, un rayon de lumière sur un grain de peau, le froissement des draps, l'amour dans son sens le plus sensuel y est décliné à la faveur de la nuit. Une nuit dont l'obscurité révèle les intimités et éclaire une sensibilité que la lumière du jour, trop éblouissante, à tendance à voiler.
La poésie de Jean-François Cocteau se fait ainsi plus tactile et esquisse un portrait subtil et complexe du sentiment amoureux. La tendre chaleur des habitudes côtoie la brûlure des passions, la permanence du sentiment défie la versatilité de nos attentes, la tangibilité du souvenir fait face à l'immatérialité du fantasme onirique. Emois est une ode poétique à l'amour, celui qui a marqué à jamais nos souvenirs d'enfance, celui qui a troublé nos c½urs, celui qui agite les passions de l'artiste, qui s'exacerbe dans le manque et l'absence infinie auquel condamne le deuil et qui continuera de nous animer tant que le flot de la vie coulera dans nos veines.
Marie Deborne
Le magazine.info